Le Tas de Sable - Ches Panses Vertes

Direction artistique Sylvie Baillon
Co-responsable artistique Eric Goulouzelle

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Programmation

Les résidences 2008 - 2009

Claire Heggen - Théâtre du Mouvement

« Je connais Claire depuis un moment, puisqu’elle travaille à l’Esnam. Et j’ai été très touchée
par son dernier solo. »

Sylvie Baillon

Dates de résidence au Tas de Sable : du 8 au 28 décembre 2008
Rencontre avec Claire Heggen : le 15 décembre 2008

Le Théâtre du Mouvement

Le Théâtre du Mouvement fondé en 1975 est co-dirigé par Claire Heggen et Yves Marc.
Ils étudient le mime corporel auprès du maître Decroux et se forment également à différents techniques et esthétiques corporelles (éducation physique, sport de haut niveau, danse classique et contemporaine, eutonie de Gerda Alexander, conscience du corps de Feldenkraïs, travail vocal). Croisant les principes fondamentaux d’Etienne Decroux avec ces bases complémentaires, ils mènent bientôt depuis trente ans des activités de recherche, de création contemporaine et de transmission en France et à l’étranger

http://www.theatredumouvement.com/

Le projet : Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible

Personnage décalé en butte aux objets de son quotidien... - Janv/fév 2009

Conception, mise en scène et interprétation Claire Heggen
Collaboration artistique :
Dramaturgie Valérie Deronzier
Gestuelle Yves Marc
Manipulation de marionnette Philippe Rodriguez-Jorda
Musique Michel Musseau
Costume Jean-Jacques Delmotte

Dans le cadre de la résidence départementale Fais un geste sur Bagnolet, Pantin et Saint Ouen, avec le soutien du Conseil général de Seine-Saint-Denis.

Le personnage
Contrairement à l’habitude et l’histoire du Théâtre du Mouvement où les personnages se déduisent et apparaissent au fur et à mesure des recherches et de la création ; ici il s’agit de trouver le scénario d’une histoire à partir d’un personnage déjà existant. Il s’appelle “l’aviateur sans ailes”, il vient tout droit de la pièce Siège créée en 1994 par la compagnie.
Pourquoi l’aviateur ?
Parce qu’il porte un couvre-chef d’aviateur bien sûr, mais aussi parce qu’il veut toujours s’élever, s’enlever, s’envoler. Il est dans l’utopie du vol. Sauf qu’il n’a pas d’ailes pour s’abstraire d’une réalité universelle indifférenciée.
Aujourd’hui, il est plongé dans une réalité qui n’est pas la sienne et ne cesse de lui poser des questions auxquelles il apporte toujours des solutions inadaptées. C’est un personnage décalé, décentré, déplacé, pièce rapportée ou chaînon manquant. Il ne trouve pas sa place car il n’a pas de place.
Il ne la trouve que dans le déplacement, sa place c’est l’objet qui la lui définit, dans ce que l’objet lui fait faire. L’objet le déplace, il ne trouve sa place qu’en se mettant au service de l’objet, de l’autre. L’objet est central et lui n’en est que l’accessoire, le serviteur, le servant discret.
Les objets, les matériaux dans leur réalité incontournable ne sont là que pour lui poser la question de sa propre existence si ce n’est son identité. Entre physique et métaphysique, il opte assurément pour la pataphysique.
Figure de l’altérité, de l’étranger, le monde lui paraît étrange, absurde. Il l’observe d’une manière particulière et y répond de façon inattendue, inadéquate, retardée, inversée, souvent compliquée. Il révèle un univers parallèle qu’il nous donne à voir en lieu et place du traditionnel quotidien. Il habite nulle part et partout. Comme toute personne déplacée, il ne se sent jamais au bon endroit, ne comprend pas les règles de fonctionnement du monde qui l’entoure, sa langue, ses codes invisibles jusqu’aux lois de la gravité terrestre.
Il est le petit cousin de Harpo Marx, Buster Keaton et Jacques Tati.

Intentions dramatrugiques
Les choses étant ce qu’elle sont... il assiste à la fin d’un monde, où tout s’écroule, se défait.
Quel monde ? celui qui l’entoure, mais aussi le sien, celui de sa propre vie - il n’est plus tout jeune et il a vécu tant de choses. Entre l’incessant désir de s’élever et la promesse d’un inéluctable déclin, il constate que son espace vital s’amenuise. Il s’en accommode comme il peut, il «fait avec» les restrictions, la réduction, les contraintes incompréhensibles jusqu’à peut-être disparaître, mais, toujours ... tout va aussi bien que possible.

La gestuelle
Tout est décalé chez le personnage. Son corps par exemple n’est jamais dans l’axe, il y a toujours une partie de son corps excentrée. Sa gestuelle est inversée, excentrique, donc. Il ne prend pas un verre c’est le verre qui le prend, il est “bu par le verre”. Il ne se gratte pas le menton, c’est le menton qui se gratte à la main. Il ne s’assied pas sur une chaise, il se décompose vers la chaise.
Son corps s’étend et se ramasse du plus haut au très bas par brusques étapes intermédiaires. Il alterne, sous le coup de l’émotion, rythme trépidant et intenses immobilités improbables. Perpétuellement dans l’étonnement, il écoute, regarde et réagit à la moindre sollicitation extérieure comme si sa vie en dépendait. Puis y répond par une activité complexe apparemment désordonnée, de toutes façons inefficace.

Matériaux et espaces métaphoriques, objets
“Rien dans les mains, rien dans les poches”.
Tout se transforme à vue d’oeil de spectateur.
A partir de matériaux simples, récupérés dans l’espace urbain, le personnage re-crée un monde imaginaire en perpétuelles mutations, et s’invente une nouvelle vie, d’autres manières d’habiter la ville.
Quand le personnage manipule les objets et les matériaux, l’espace en est transformé et le manipule en retour. Son idée fixe, c’est les points fixes, la fixation. D’exil en exil, il parcourt l’espace, emportant dans son errance les outils du géomètre et du maçon pour tenter de bâtir sa maison en lieu sûr (fil à plomb, mètre pliant, niveau à bulle) rien ne tient, le monde se dégrade autour de lui. Attention chute d’objets. Aux prises avec les objets, il chute à travers eux, pour eux. Il tombe dans des abîmes de perplexité, de doute et d’interrogation sans fin.
Il regarde les objets, les objets le regardent, il se sent observé par eux et ça le renverse. Il leur invente des intentions renouvelées à chaque coup d’oeil porté et ça le trouble.

Une petite marionnette
Sa veste fourre-tout à larges et profondes poches est son habitation. Celle-ci abrite entre autres choses une petite marionnette itinérante, sorte d’hôte plus ou moins indésirable, tour à tour mauvais génie, ange gardien, conscience intermittente. Minuscule double du personnage, elle peut par moment rentrer en conflit avec lui, transformant la veste en champ de bataille, afin de se l’approprier. Elle s’envole enfin, à la disparition du premier, laissant la veste désertée.

Univers sonore
Forte présence d’une bande-son marquant l’environnement urbain dans lequel évolue le personnage. Par moments le “son urbain” prend le statut d’interlocuteur avec lequel le personnage dialogue, s’affronte, se trouve manipulé.
A l’inverse, le personnage, silencieux, ou condamné au silence (pas de texte) s’exprime par une voix, là-aussi décalée par l’utilisation de la “pratique (instrument utilisé par les montreurs de marionnettes pour changer leur voix) ou par onomatopées. Il lui arrive aussi d’utiliser les éléments qui l’entourent pour produire un environnement musical distancié par rapport à l’espace sonore de la ville (frottements, percussions, caresses, raclements, ...)
Quelques fois, il se confie à sa scie musicale le temps d’une nostalgie, d’un rêve ou d’un aillleurs perdu.