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Le Populyphone est un projet triennal de formation porté par Le Tas de Sable – Ches Panses Vertes en partenariat avec l’association Le Cardan à Amiens.
Décliné en trois sessions couvrant les années académiques 2009 à 2012, ce projet entend former des personnes en situation d’insertion sociale ou professionnelle à devenir comédiens marionnettistes,
« auteurs-constructeurs-acteurs-manipulateurs »… Avec l’idée finale de créer un spectacle qui soit au service d’une parole populaire.
« Si le Populyphone est une usine à spectacle populaire, il est aussi une fabrique à réinsertion. Ses fondations se construiront autour d’un ensemble complet d’ateliers professionnalisant. Ainsi, les candidats « auteurs-constructeurs-acteurs-manipulateurs » participeront activement à la confection de leur outil de travail, en abordant toutes les caractéristiques qui font de la création d’arts vivants, un véritable enjeu professionnel. Dès lors, le Populyphone serait une fin et un moyen en soi. Et l’expression populaire, bien qu’encadrée par des pédagogues et des artistes, qui naîtra en son sein sera nécessairement issue du populaire.
Le Populyphone est donc, à la fois un spectacle initial résolument populaire et novateur qui cherche à définir une mythologie moderne de l’ici et maintenant, une série de feuilletons, qui s’emparent des actualités et un espace de réinsertion par la création d’une entreprise culturelle. »
Alain Cofino Gomez, auteur associé du Tas de Sable – Ches Panses Vertes en 2009
« Il existait un théâtre ouvrier au XIXe siècle, qui servait non seulement de gazette populaire mais aussi d’appropriation des pièces classiques qui étaient adaptées à cet art. Cette concurrence faite au Grand théâtre d'acteurs d'Amiens ne fut pas toujours appréciée. Les soirées répondaient à un rite bien établi.
La bouffondrie est une pièce comique dans laquelle le rôle principal est tenu par Lafleur… La règle était d'introduire Lafleur, comme deus ex machina dans toutes les pièces que l'actualité et le succès conseillaient d'emprunter à la grande maison concurrente de la rue des Trois-Cailloux.
Elles débutaient par la danse de Polichinelle héritage du XVIIIe siècle. Au XIXe et au début du XXe, les marionnettistes ajoutaient au spectacle des éléments de lanternes magiques, des marionnettes "métamorphoses", des danseurs chinois, des danseurs dont le corps d’allongés : Ch'allongeu, des tableaux historiques.
Dans un historique bien documenté de nos anciens théâtres de cabotins, Charles Caron en dénombre quelque 70 en un siècle. Beaucoup furent éphémères, d'autres durables comme l'un des premiers, celui de La Plumette (1811-1864). Ce qui est curieux, c'est qu'ils furent surtout nombreux à une époque récente. Il y en avait 19, ouverts en même temps, de 1891 à 1900. Parmi les plus célèbres, il est indispensable de citer les Grandes Galères et Le théâtre des Bouffes Picards. Ces deux théâtres fixes étaient dirigés par les membres d'une même famille, les frères Barbier depuis la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle.
Alors pourquoi ne pas faire le lien entre ces pratiques d’hier et cette nécessité aujourd’hui de faire entendre, ensemble, une parole qui n’a pas beaucoup voix au chapitre ?
Parce que je suis convaincue que cette forme de spectacle est pertinente à plus d’un titre. Elle fait moins peur que le théâtre d’acteurs, parce que, dans ses représentations, elle paraît plus abordable. Elle n’a pas forcément beaucoup de besoins techniques et peut passer partout. Le projet est de faire des spectacles de marionnettes d’une forme d’aujourd’hui (on ne peut en présager sa forme définitive) qui passe partout, en formant des comédiens-marionnettistes. »
Sylvie Baillon, directrice du Tas de Sable – Ches Panses Vertes
« Quel est le chemin pour aller de la presque exclusion à l'acte théâtral ?
(…) Le travail veut régénérer la parole politique populaire et la théâtraliser par la marionnette, par des presque exclus. Ce travail veut durer trois ans. (…) Le groupe sera constitué par 8 personnes en situation de presque exclusion.
Leurs engagements sera dans la durée et leurs motivations explicitées.
La motivation de construire un monde nouveau.
a) première construction
Huit points d'installation - la durée initiatique d'un an ou 1380 heures : 1 - recherches sur l'expression politique populaire 2 - recherche sur les formes d'expression de la marionnette 3 - recherche plastiques sur l'objet marionnette 4 - recherche sur les écritures politiques populaires 5 - recherche sur la voix et le corps 6 - recherches sur la culture générale 7 - recherche sur la sémiologie 8 - serendipités ou vadrouilles théâtrales questionnantes.
b) la deuxième construction
Huit points de confortation
c) la troisième construction
Huit points de réalisation
(…) Se tromper de chemin sera possible, s'égarer sur la route de traverses.
Ce sera loin, loin comme l'exercice constant d'essais, d'analyses et de critiques. Comme les rencontres insolites chez les presque exclus et les nantis. Comme l'équilibre de l'intellectuel et de la manufacture.
Et quand on sera à la mer, quand la parole politique populaire saura chanter, quand la forme marionnettes sera trouvée, quand le corps fera des vocalises et quand tout ce que l'on ne cherchait pas sera trouvé.
Et là, cet acte théâtral sera montré dans chaque village, chaque ville et quartier qui voudra bien voir et entendre. »
Luiz Rosas, Association Le Cardan